En immersion chez Endura – Visite de l’usine

 Article initialement paru dans Vélo Vert n°284 de janvier 2016, par Thibaut Simon (photos et texte)

Tentons de contourner quelques raccourcis naïfs et clichés faciles : l’Écosse, ce n’est pas seulement le Scotch, les châteaux hantés, les lochs, la panse de brebis farcie et la cornemuse. Le pays possède bien d’autres richesses, comme la culture de l’indépendance (non, non, pas de politique) et de l’excellence quand il s’agit de produire quelque chose. C’est sans doute aussi par fierté, une autre vraie spécialité locale. Nous l’avons vu près d’Edimbourg, chez Endura, la marque qui fabrique des vêtements techniques au milieu du tartan et des kilts. Mince, c’est loupé pour les clichés….

Endura : un ancrage fort en Écosse

Il y a également des évidences incontestables en Écosse. Pas uniquement d’hypothétiques monstres qui sortiraient la tête de l’eau une fois tous les deux siècles, par un soir de brouillard. Oui en effet, question clichés, on n’a pas tenu très longtemps. L’animal Endura a montré le bout de son nez en 1992, surgi de nulle part lui aussi, mais pour ne plus jamais replonger. Aux dernières nouvelles, il n’a d’ailleurs pas terminé sa croissance.

Aujourd’hui, c’est la marque de vêtements techniques pour le vélo la plus importante de Grande-Bretagne. Comment ça, c’est la seule ? Mauvaises langues, va ! Citons Rapha, par exemple, boîte londonienne. C’est de toute façon l’un des acteurs majeurs et un des fabricants les plus crédibles sur le marché mondial de la sape haut de gamme pour cyclistes. Et là, par contre, il y a du monde qui se bouscule.

Arrivée en Écosse, il fait gris et froid. On est donc rassuré, tout est parfaitement normal. Par respect des règles de sécurité, nous assurons prudemment des paliers normaux d’acclimatation. C’est-à-dire que l’on fait le tour de quelques pubs pour s’imprégner de l’ambiance et d’autres réjouissances gustatives. Nous avons une journée «off», on ne va tout de même pas la passer devant la télé. Direction Livingston, le lendemain matin. C’est à une trentaine de bornes à l’ouest d’Edimbourg, la capitale et deuxième ville derrière Glasgow en terme de population. Si nous sommes ici ce jour-là, vous vous doutez bien que ce n’est pas pour faire le tour d’un vulgaire show-room ou pour boire le thé avec un ou deux dirigeants ou designers en discutant de l’élimination récente de l’Écosse en Coupe du Monde de rugby.

Endura a cette particularité, rare dans le milieu du textile, de concevoir une bonne partie des produits à la maison. Bureaux d’études, design, développement, production, machines à coudre, machines à imprimer par sublimation, machines à souder, machines à couper au laser, machines à ultrasons, machine à café, la seule qu’on ait d’ailleurs eu le droit de toucher. Tout est là, abrité dans des locaux étanches de 4 300 m2, occupés par 130 salariés. Oui, Endura a légèrement dépassé le stade de la production artisanale. Vous avez compris qu’on ne va pas vous parler d’aiguilles à tricoter et de laine mohair. Même si la vingtaine de couturières appliquées et minutieuses sont absolument irremplaçables !

usine_endura

Une bonne partie de la production est faite ici de A à Z. Une vingtaine de couturières s’activent sur leur machine en fin de chaîne de production.

 La fierté d’être écossaise

La voiture est en approche de l’usine. Sur la droite, nous longeons une immense distillerie de whisky qui produit notamment le célèbre et très commercial (certainement pas le préféré des connaisseurs) Label 5. La taille de l’édifice nous fait tout de suite comprendre que le Scotch n’est évidemment pas qu’un symbole, c’est une véritable économie. De l’autre côté de la route, juste en face, l’usine Endura, moderne (datant d’avril 2013), discrète, posée ici avec pour seul repère d’identification, un unique logo au-dessus de l’entrée principale. 120 salariés sont basés ici. Pour un total de 180 à travers le monde. Il ne nous a pas souvent été donné de pouvoir visiter une usine de vêtements techniques. Ah si, une fois : il s’agissait des énormes centres de production de Shimano, en Chine. Inutile de vous dire qu’on avait hâte de mesurer la différence, pour une fois que l’on peut voir ça en Europe. Car c’est bien une particularité rare dans le milieu du textile : Endura produit une grande partie de sa gamme à domicile. 

La production « at home »

Depuis le début de l’histoire, Jim McFarlane (ndla : créateur et patron d’Endura) a tenu à maîtriser la production, à disposer de tout, ou presque, à proximité. On nous a confié à demi-mot que la culture écossaise, cette fierté légendaire, a sans doute aussi poussé le boss à vouloir produire dans le pays. Mais ne vous y trompez pas, le choix est aussi et surtout stratégique. Ici, tous les services travaillent à quelques mètres les uns des autres. Les designers, les ingénieurs, les commerciaux, sans oublier évidemment, tous les techniciens qui œuvrent sur les machines et le petit contingent de couturières. Les petites mains, les doigts de fées d’Endura. La tendance actuelle donne d’ailleurs raison à Endura : la hausse du dollar, les coûts et les délais de livraison en provenance d’Asie, le coût du travail qui augmente aussi en Asie …

Pour Jim, l’intérêt économique de produire de l’autre côté de la planète est de toute façon de moins en moins évident. Même si Endura dispose également d’un centre de production là-bas, pour assurer une petite partie de sa production. En produisant l’essentiel ici, vous comprenez donc qu’Endura jouit d’une réactivité hors du commun. On pense un vêtement à un étage, on le dessine au bureau d’à côté, on le fabrique au rez-de-chaussée et on le commercialise dans une pièce adjacente. « Nous sommes capables d’imaginer un modèle et d’avoir un premier prototype le lendemain matin.»

Le contrôle de la production

Pour autant, on est bien loin de la petite production artisanale. Nous étions dans l’usine pendant les vacances. Voilà pourquoi quelques postes ou coins de l’usine étaient relativement calmes. Mais la taille du bâtiment, le nombre de machines, l’importance des stocks sont révélateurs d’une activité constante et grandissante. Et la technologie est partout. Une évidence quand on occupe le marché des vêtements haut de gamme, avec tout ce que cela suppose comme technicité des matières, des coutures, des tirettes, etc. Une petite quinzaine de personnes, jeunes pour l’immense majorité, animent la grande pièce de l’étage, qui sert de R&D. On planche sur le design, les futurs produits, on choisit les couleurs, on y intègre les logos et noms des teams et sponsors le cas échéant (Endura équipe par exemple la formation pro sur route, Movistar).

Les coulisses de la production Endura

Ici, les prototypes et futures nouveautés étant partout sur les cintres et sur les écrans, nous n’avons pas eu le droit de faire autre de chose que des plans très larges en matière de photos. On peut comprendre la prudence d’Endura, qui n’a pas perdu de temps à ‘‘cleaner’’ la pièce avant notre arrivée. Nous avons passé le reste du temps dans les ateliers, pour y suivre, par étapes chronologiques, la confection d’un vêtement : l’atelier bourré d’imprimantes qui préparent les modèles en papier pour l’impression par sublimation. La découpe des matières textiles à la finesse quasi-microscopique, les fours d’impression par sublimation des différentes pièces qui composent une tenue et, enfin, le fameux atelier des couturières qui assemblent les pièces sur des machines qui nous rappellent très souvent les machines à coudre domestiques.

On s’attend évidemment à voir autant de technologies et de minutie dans la production d’accessoires, de cadres ou de suspensions. Il est pourtant clair qu’une telle usine n’a pas grand chose à envier aux autres domaines en matière d’outils de production. Durant cette visite, nous avons été impressionnés par l’application des employés sur chaque poste. On a réellement senti la passion et l’investissement à tous les niveaux. Visiblement ici, on aime ce que l’on fait. D’ailleurs, il semblerait qu’une bonne partie des salariés roulent à vélo. La propreté des locaux, la logique de l’organisation, la technicité des machines … On est bien obligé de se dire que la qualité des vêtements est directement fonction de la qualité de la chaîne de production. À plusieurs endroits, Endura a aménagé des espaces de détente pour les salariés. On a même vu une salle de billard à côté du réfectoire. Sympa !

Les étapes de production

Impression des modèles avant sublimation

Tout d’abord, dans la salle d’impression des modèles, l’encre spéciale coule en continu par intraveineuse dans les énormes imprimantes. Ensuite, les modèles reçoivent une petite séance d’UV : une lumière infra-rouge accueille le résultat pour le faire sécher le plus rapidement possible. Puis, les modèles imprimés (à usage unique) sont temporairement et minutieusement stockés dans des grilles pour éviter tout contact ou toute détérioration accidentelle. Enfin, les modèles passent à l’atelier découpe. Les pièces seront bientôt prêtes pour passer dans une salle de l’usine.

Découpe et sublimation

Vue sur la machine à découper la matière. Endura peut empiler jusqu’à vingt couches de tissu sur le plateau. Celui-ci est recouvert d’un film plastifié et l’ensemble est ensuite comprimé sous vide pour que la découpe soit extrêmement précise et strictement la même sur toutes les couches. / L’écran de contrôle permet de voir les pièces déjà découpées (en vert), celles qui sont en train d’être attaquées par la machine (en orange) et le plan de celles qui restent à faire sur cette même planche (en gris). On remarque que le tissu est optimisé pour réduire au possible les pertes. / Ensuite, la découpe est nette et sans bavure, sur une épaisseur de 20 mm. Ce qui reste part à la benne. Les pièces fraîchement découpées sont entassées par référence dans des caisses. / Dans une partie de l’atelier, l’énorme stock de rouleaux de tissus en tous genres. Il doit y en avoir des centaines de kilomètres !

La couture

La grande salle des couturières. Elles sont 29 et quasiment toutes issues du milieu de la couture, avant leur arrivée chez Endura. C’est évidemment la dernière étape avant la mise en packaging et le stockage. L’ambiance est à la concentration, l’application, la minutie. Ces dames sont imperturbables. Une faute d’inattention et c’est une pièce qui part à la benne. / Nous sommes passés au moment de la fabrication d’une série de tenues de la formation Movistar. / Une réserve de bobines de fils à faire pâlir n’importe quelle couturière amatrice. / C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. / Endura : une histoire cousue de fil blanc, mais pas que…

 

ENDURA

Morgane

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