Trek Domane SLR : le test complet

En 2013 Trek lance la première génération de Domane, un vélo dit « confort » avec pour la première fois l’apparition de la technologie Isospeed, un système innovant qui désaccouple le tube de selle du reste du cadre. Il profite ainsi de la souplesse naturelle du carbone couplé à un petit élastomère et à deux petits roulements, pour procurer du confort avec une sensation « amortisseur » sur le tube de selle. A noter aussi que ce vélo bénéficiait déjà en 2013 d’une géométrie particulièrement adaptée aux efforts au long court et aux cyclistes les moins souples (H2), ainsi qu’une version plus racing nommée « Koppenberg Edition » tout droit sortie du service course Trek Factory Racing et directement calquée sur les géométries du Madone 6.9 SSL H1, pour les coursiers ou les cyclistes plus aguerris.

Avril 2016, non loin d’Oudenaarde en Belgique et quelques jours seulement avant le Tour des Flandres, c’est Fabian Cancellara en personne qui lève le voile sur cette nouvelle génération du Trek Domane SLR. Fabian Cancellara ainsi que toute l’équipe Trek Factory Racing ont participé pendant de longs mois au développement de cette nouvelle machine taillée pour les Classiques, avec un objectif clair et assumé, celui de tuer la concurrence et s’approprier les plus belles épreuves d’un jour du calendrier Pro Tour. Mais s’il y a un Monument pour lequel ce vélo est particulièrement adapté, c’est Paris-Roubaix, l’Enfer du Nord qui marquera la fin de carrière du Suisse, qui se voit déjà partir avec un pavé de plus à poser sur le bord de sa cheminée. Malheureusement ce dernier aura certainement passé l’une des plus difficiles journées de sa carrière sur un vélo, et devra se résigner à jouer les seconds rôles jusqu’au vélodrome de Roubaix.

Le mois dernier, Vincent du staff Alltricks a eu la chance de pouvoir tester le dernier Trek Domane SLR, spécialement conçu pour les classiques et particulièrement adapté pour le Paris Roubaix, voici son retour d’expérience.

Comment tout cela se traduit -il sur la route en conditions réelles ? Le Domane SLR dont j’ai eu le privilège de prendre le guidon pendant plusieurs semaines est ce qu’on peut appeler un couteau-suisse justement, à l’aise à peu près partout, plat, bosses, descentes … Il excelle quand la route se dégrade ou quand son propriétaire fatigue après de longues heures de selle. Après plusieurs heures de route sur cette machine dans le magnifique Parc Naturel Régional de la vallée de Chevreuse ainsi qu’en conditions réelles sur le Paris-Roubaix Challenge, j’ai pu me faire une idée beaucoup plus précise de ce que ce Domane a dans le ventre !

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Premières impressions du Trek Domane SLR

D’abord le côté esthétique, il est difficile de rester insensible à ses formes (surtout dans sa configuration H1) à la fois racées et arrondies, la fourche et la douille mêlent avec brio aspect de solidité et de rigidité tandis que la partie arrière elle, malgré la présence de cette nouvelle génération d’Isospeed réglable qui bouscule les designs traditionnels, semble taillée à la serpe et traduit une certaine efficacité. Un ensemble harmonieux très réussit qui invite au roulage sans modération !

Les premiers tours de roues sont assez déroutants, venant de l’Emonda je le trouve beaucoup moins incisif, presque mou, je me dis alors que la monte de pneumatiques d’origine en 28mm ou l’Isospeed du poste de pilotage y sont pour quelque chose mais il n’en est rien. Les relances se font avec peu de sensations de rendement et je dois avouer être un peu déçu, cela dit au regard de l’empâtement du Domane en rapport à celui de l’Emonda avec presque 3 cm de différence, un petit temps d’adaptation est nécessaire. Les kilomètres défilent, la première bosse approche et là le Domane se fait ultra tolérant, un bon point quand on sait les qualités mais aussi les défauts que la fibre carbone OCLV 7 peut avoir. Le petit plateau tombe (42 dents) et tout devient facile ! Je comprends rapidement que ce vélo est une vraie machine de pro et qu’il ne faudra donc pas être trop gourmand et apprendre à jouer avec son élasticité, en clair pour profiter de toute son efficacité, il sera très important de rester véloce.

Qui dit côtes dit aussi descentes, et là, très difficile de lui trouver des défauts et j’ai même envie de parler de perfection. Tout y est ! Précision, sensation de grip, prise d’angle incroyable, l’impression d’être sur un rail ! En un mot, SECURISANT ! La nouvelle technologie Isospeed intégrée à la douille de direction et l’angle de fourche offrent une tenue de cap permanente et sans surprise, fini les pertes de trajectoires sur bitume dégradé ou les entrées de virages un peu hasardeuses, le vélo va là où l’on le décide sans sourciller. Côté freinage les étriers Dura-Ace direct-mount dont on connait les qualités font un job formidable, puissance et feeling parfait même avec les roues carbone Aeolus 3 TLR de chez Bontrager qui montrent une efficacité dans la moyenne des roues du marché en termes de freinage.

Lorsque que la route n’affiche aucun pourcentage de pente cette machine offre tout ce que l’on aime sur un vélo, encore une fois à condition de ne pas être trop généreux sur le braquet utilisé. Rendement parfait et confort incroyable même avec un réglage de l’Isospeed en configuration « rigide ». Il incite à engranger les kilomètres sans fatigue et sans douleurs, c’est certainement le compagnon de route le plus sympathique avec lequel il m’est été donné de rouler même s’il manque un peu de conversation… En bref après une première sortie de 3H00 et à peu près 95km en solo, je rentre avec la banane et frais comme un gardon ! Vivement demain que ça recommence !

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Les technologies

Trek marque une vraie innovation dans ce créneau des vélo « confort », toutes les grandes marques proposent aujourd’hui des machines de ce type, allant de la simple géométrie revue et corrigée, à pour certains, l’utilisation de technologies de carbone, de suspensions, d’élastomères ou encore d’amortisseurs de vibration avec plus ou moins de réussite. La firme américaine elle, a joué sur tous les tableaux et on peut dire qu’elle a réussi son coup ! Ce Domane SLR nouvelle génération conserve ces deux options de géométries H1 et H2 et se permet d’intégrer ses découpleurs Isospeed pour satisfaire tous les cyclistes.

Mais l’Isospeed, comment ça marche ? Sur le tube de selle il s’agissait pour Trek de résoudre le dilemme entre rigidité, souplesse et atténuations de vibrations sans nuire au rendement. Le découpleur arrière dissocie totalement le tube de selle du triangle avant lui offrant ainsi une mobilité totale. Retenu par un système ingénieux de roulements il permet grâce à un petit curseur de paramétrer le niveau de souplesse du tube, qui n’a jamais joué avec sa règle d’écolier sur le bord du bureau ? Alors imaginez-vous la même chose avec ce tube de selle.

Le découpleur avant lui agit de façon permanente, la douille de direction a été élargie pour permettre l’ajout de deux roulements de chaque côté, reliant un guide dans lequel est emprisonné le haut du pivot de fourche. Ce système permet à l’ensemble du pivot de fourche de rester et donc de profiter de la souplesse du carbone sur un axe horizontal (toutes proportions gardées).

Autre petite innovation qui ne manque pas d’efficacité elles n’ont plus, c’est l’apparition de ce nouveau cintre carbone Bontrager Pro IsoCore VR-SF. Bontrager qui n’est autre que la marque de composants Trek, annonce une réduction des vibrations de 20% par rapport à un cintre traditionnel, comment cela est-il possible ?  Et bien tout simplement grâce à une technologie laminaire interne qui intègre une couche d’élastomère entre deux épaisseurs de carbone. Ajoutez à cela des coussinets de rembourrage IsoZone en EVA sur la partie haute du cintre et vous obtenez un nouvel allier pour vous isoler encore un peu plus de la route.

Test sur le Paris-Roubaix Challenge

Après quinze jours de roulage avec ce Domane, l’heure du Paris Roubaix Challenge et de ses 172km approche. Il est 8h00 du matin quand nous nous approchons du départ avec mon collègue Adrien, l’air est froid aux alentours de 3°c et une brume épaisse enveloppe les Hauts-de-France. Nous sommes prêts à en découdre avec le pavé !

J’ai pour l’occasion modifié la monte de pneumatiques d’origine du Domane par des Continental GP 4000S II en 28mm équipés de chambre à air latex, avec l’objectif d’abaisser la pression aux alentours de 5.5/6 bars à l’image du boyau plébiscité par les pros pour leur confort sur le pavé. J’ai aussi paramétré le tube de selle dans son réglage le plus souple, celui adapté à 100% pour le pavé. Le premier secteur pavés se présente après 13km, et là… c’est apocalyptique ! Cassant, glissant, je suis gêné par un certain nombre de cyclistes pratiquement arrêtés sur le haut de pavé m’obligeant à des changements de ligne compliqués, c’est à ce moment précis que je remercie Trek de l’invention de cette bécane ! Rien ne bronche, le vélo reste « pilotable » et il devient presque amusant de se faufiler tellement il met en confiance.

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Le soleil se dévoile enfin, la température monte, plusieurs secteurs ont déjà été engrangés sans que la fatigue ne se fasse sentir. A cet instant pas de soucis, le vélo se comporte toujours aussi bien et aucune crevaison n’est à signaler. La célèbre trouée d’Arenberg se rapproche, c’est avec conviction et détermination que j’entre dans ce secteur mythique, le compteur affiche 45km/h et il n’est pas question de se désunir ! Encore une fois le Domane fait preuve d’une efficacité incroyable et croyez-moi, ce secteur pavé long de 2.4km n’est pas une légende pour rien ! Il est affreux ! Ça tape dans tous les sens et je me demande comment font les autres avec des machines plus traditionnelles pour ne pas arrêter leur effort et finir à pied. C’est long, très long et les membres supérieurs, les poignets, les doigts sont mis à rude épreuve. A la sortie j’ai une drôle d’impression, j’ai la sensation d’avoir crevé mais en fait pas du tout, en réalité les chambres à air latex ont perdu un peu de pression, (car plus poreuses que des chambres classiques) et l’Isospeed fait simplement son travail avec efficience.

Au Km 120 petite pause ravito histoire de remplir les bidons et de tomber les manchettes et genouillères, il reste alors 50km avant le vélodrome de Roubaix et ce ne sont certainement pas les plus faciles ! Il faut compter entre autres sur les secteurs d’Auchy-lez-Orchies, Mons-en-Pévèle ou encore le célèbre Carrefour de l’Arbre. Après Mons-en-Pévèle la fatigue se fait sentir, mes phalanges et mes poignets me font souffrir, et ma cheville droite me pose aussi quelques problèmes, le vélo lui ne se plaint toujours pas ! Quand je vous disais qu’il n’était pas très bavard… Les Aeolus 3 n’ont pas pris le moindre millimètre de voile, pas le moindre jeu dans la direction et pas un seul problème avec la transmission. Une fois passé le Carrefour de l’Arbre je n’ai plus qu’à dérouler les kilomètres restants, je me surprends même à hausser le rythme aux alentours de 50km/h avec quelques Anglais bien affûtés jusqu’à l’entrée du mythique vélodrome de Roubaix !

Une fois la ligne passée en un petit peu moins de 5h20 pour les 172km dont plus de 50km de pavés, la fatigue est quand même bien présente et étrangement, j’ai une furieuse envie de recommencer ! Mais pas tout de suite, avant c’est bière !

Conclusion :

Globalement j’ai pu me faire une sacrée idée de ce que les ingénieurs du Wisconsin ont développé, à la fois à l’entrainement mais aussi en compétition et enfin en condition réelles sur Paris Roubaix, je peux dire et affirmer que ce vélo est de loin l’une des machines les plus abouties du marché dans sa catégorie. A aucun moment il ne m’a fait défaut, à aucun moment je n’ai dû le traîner et jamais il ne m’a rappelé à l’ordre avec sa rigidité.

Je crois pouvoir affirmer qu’à travers ce vélo, Trek a réussi un sacré coup ! Savoir créer un vélo pour tout le monde, sur lequel le simple cyclo du dimanche avide de belle pièce et de rendement, comme le coursier à la recherche de performance maximale sauront trouver le parfait équilibre entre confort et rendement.

Notez que Trek est l’une des rares marques à proposer aujourd’hui sur ses versions haut de gamme (Domane SLR, Madone 9, Emonda…) une personnalisation totale avec des milliers de combinaisons possibles de peintures, de groupe, de roues… comme cette version d’essai, bref ! en un mot : PARFAIT !

J’ai aimé :

  • Son look en H1
  • La personnalisation Project-One
  • Les deux géométries possibles
  • Confort paramétrable
  • Tenue de route
  • Le cintre Pro Isocore
  • L’isospeed avant / arrière

Je n’ai pas aimé :

  • RAS

Temps sur les secteurs pavés chronométrés :

  • Troisville à Inchy : 04min 17s
  • Trouée d’Arenberg : 04min 55s
  • Carrefour de l’Arbre : 03min 56s
  • Temps cumulé : 13min 09s

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Charlotte

Charlotte, rédactrice web Alltricks et passionnée de triathlon

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